Propos recueillis pas Hélène ROMANI
Comment s'explique la position de votre groupe sur la questiuon du foncier et du logement ?
Le groupe Gauche Républicaine n’a pas soutenu ce rapport, dont je salue pourtant la qualité globale, car il comporte une mesure inacceptable : l’étude de la création d’un statut de résident ou de citoyen.
En quoi cette proposition, qui n’est pourtant pas nouvelle, est-elle à votre sens, inacceptable ?
Cette proposition n’est, en effet, pas nouvelle, elle figure au programme de Corsica Libera depuis longtemps. Notre rejet non plus n’est pas récent. Il a été largement précisé pendant la campagne électorale et rappelé encore tout récemment durant les assises du foncier.
Cela reviendrait, quand bien même ce n’est pas le but poursuivi, à créer deux catégories de citoyens : les corses « de souche » et les « allogènes ». Ces derniers, pour l’essentiel originaires du continent, même « corses », ne seraient plus des citoyens à part entière !
Il ne s’agit pourtant que d’une étude qui n’engage à rien puisqu’elle doit déboucher sur un débat en 2012...
C’est bien là toute l’ambivalence de ce rapport et le danger d’une telle proposition. On se donne de l’air en reportant la décision à plus tard tout en continuant à mettre la solution statutaire au cœur du projet politique. Comment s’étonner si l’opinion publique finit par y voir la vraie solution à nos problèmes fonciers alors qu’il s’agit d’un remède pire que le mal ?
Voter une étude et son annexe faisant référence au statut de la Nouvelle Calédonie, n’est pas acceptable aujourd’hui, et ne le sera pas plus dans un an. Cela ne peut laisser la place à la moindre ambigüité.
Et comme je l’ai précisé en séance publique : quand on n’est pas d’accord, il faut le dire, il ne sert à rien de construire un consensus sur une union de façade
Vous étiez pourtant d’accord sur l’essentiel du rapport...
Le reste du rapport était excellent et, comme les autres, j’ai loué le travail effectué par l’exécutif. Ces mesures sont amplement suffisantes pour résoudre nos problèmes fonciers sans recourir à des solutions anticonstitutionnelles.
Je l’ai rappelé lors de mon intervention en séance.
L’exécutif ne nous a pas permis d’exprimer un vote positif car le rapport a été proposé sous la forme d’une délibération unique qui comportait au milieu d’un ensemble de mesures positives, l’étude que nous rejetons.
Ne voulant pas être enfermé dans un vote global, j’ai demandé dans un point d’ordre, en début de séance, la dissociation du rapport en plusieurs axes, ce qui a été refusé par l’exécutif. Ce refus a été confirmé par l’Assemblée de Corse qui a repoussé un de mes amendements allant dans le même sens
C’est un coup de canif dans le contrat de la majorité ?
En tant que membres à part entière de la majorité territoriale, nous avons jusqu’ici, avec beaucoup de discipline, exprimé notre solidarité sans faille avec l’exécutif et nous continuerons à le faire. Mais nous entendons conserver notre liberté d’exprimer nos différences lorsque des questions essentielles sont en jeu
Ne craignez-vous pas l’isolement dans un hémicycle largement favorable ?
Nous sommes peut-être limités dans l’hémicycle mais pas dans la société corse qui, bien que préoccupée, rejette ce type de solutions. Pour notre part, nous respectons notre programme électoral avec une position de fermeté qui a été , de surcroît, validée au cours d’une réunion de notre liste, le 14 mai, à Corté. D’ailleurs, Emile Zuccarelli a salué notre vote au lendemain de la session extraordinaire
Ce vote signifie t’il que vous êtes fermé à toute évolution ?
En quoi construire une citoyenneté à deux vitesses est-il un progrès? Je n’approuve les évolutions que lorsqu’elles me semblent bénéfiques pour la Corse. C’est ainsi que nous avons voté au cours de la même session un rapport sur la fiscalité du patrimoine qui consiste, ni plus ni moins, à demander le transfert de tout ou partie de cette compétence à l’Assemblée de Corse. Des évolutions et des responsabilités oui, une Corse fondée sur des discriminations non !


Il me semble intéressant de revenir sur le dernier débat à l’assemblée et de te faire partager mes réflexions. Il va de soi que je suis entièrement d’accord sur ton intervention complétée par l’interview dans Corse Matin. Elle est conforme à notre engagement pendant la campagne électorale, et validé lors de la réunion du 14 Mai à Corté.
Je ne vais pas revenir sur les arguments juridiques, économiques et humains motivant notre refus de ‘la fiche 27’. Mon propos vise plus à une tentative d’analyse politique et les conséquences d’une telle décision. Les propos de P. Giacobbi, à la sortie de la réunion de Corté, validant les thèses nationalistes, sur le foncier, est le premier élément à prendre en compte pour comprendre le positionnement de l’exécutif.
Le refus d’un vote séparé, puis le rejet de ton amendement, créaient les conditions pour un vote favorable, étant bien entendu que les nationalistes subordonnaient leur soutien au maintien de la fiche dans le texte.
Cet acte politique majeur est une victoire incontestable des séparatistes, pour s’en convaincre il n’y a qu’a se rapporter à la lecture de la presse.
En créant les conditions, pour rallier les 15 élus, l’exécutif a validé, en dépit de toutes les réserves juridiques, la possibilité d’établir un statut de résidents ou de citoyenneté Corse en ouvrant ainsi la voie à un nouveau chantier institutionnelle aux conséquences politiques incalculables.
Dans la confusion politique ambiante, il n’est pas exclu que dans l’avenir, il ne se trouve une majorité pour voter une telle disposition. Pour preuve la proposition démagogique et irresponsable des élus du Front De Gauche de l’organisation d’’un référendum. Comme si les concept fondamental de la citoyenneté dans la République était à la merci d’une telle consultation. D’autant plus que si tel était le cas les séparatistes, dans leur logique politique, ne manqueraient pas de revendiquer un corps électoral corse. Bonjour les dégâts !
Alors, paraphrasant Lénine ; ‘Que Faire?’ Il est urgent, à mon sens, de procéder dans un cadre à définir, à un « bilan d’étape » sur notre stratégie politique. Il faudra et, j’avoue ne pas avoir de réponse arrêtée, se poser la question de notre position par rapport à l’exécutif.
Cette réflexion, pourrait aboutir à une demande de réunion des 4 composantes de la majorité.
Nous seront, alors en mesure de tirer toutes les conséquences du positionnement de nos alliés.
Faute de réflexion, nos électeurs, les citoyens qui commencent à s’éloigner de nous ne nous feront plus confiance, ouvrant ainsi la voie à toutes les aventures.
Il en va de notre avenir politique et des valeurs qui sont le socle de notre combat Républicain.
Rédigé par : François G. | 06 juillet 2011 à 19:59